Re: réabilitation des moulins vides des vallées du Cousin et de la Cure

#2
bonjour, je suis impliqué dans deux associations de qui s'occupent de la protectio n des rivières
j'ai rédigé le texte suivant pour mettre sur la table les enjeux réels des microcentrales d'électricité:
JGB
La réhabilitation des moulins sur le Cousin : une fausse bonne idée
-Le Cousin /Trinquelin et la Cure sont des rivières classées en liste 1 et 2 au titre de l'article L. 214-17 du code de l'environnement, ce qui induit que ces rivières représentent un enjeu de préservation de la biocénose (faune et flore de l'écosystème des cours d'eau de tête de bassin versant) et de restauration de la continuité écologique sur le long terme. Obligation de résultats sur le transport des sédiments et la libre circulation des espèces de poissons. La liste 1 interdit tout nouvel obstacle à la continuité écologique et la liste 2 impose aux ouvrages existants des mesures de restauration de la continuité d'ici 5 ans. 90% des anciens moulins de la Cure et du Cousin sont référencés au ROE (Référentiel des Obstacle à l'Ecoulement) et sont donc prioritaires à ce titre.
- Plusieurs secteurs de ces cours d'eau sont classés en zone Natura 2000 pour les mêmes raisons, à savoir des espèces végétales et animales avec une forte valeur patrimoniale qui s'épanouissent dans des cours d'eau de type torrent.
Mais ces rivières sont un biotope fragile dont le réchauffement climatique et l’action directe de l’homme menacent l’ équilibre.
- Les retenues d’eau, dont font partie les biefs des moulins, ont une action néfaste sur la rivière et la biocénose endémique des torrents de tête de bassin versant. :
La stagnation de l’eau dans les biefs amène un réchauffement de celle-ci, et une diminution du taux d'oxygène dissous dans l'eau (eutrophisation). Oxygène dissous permettant la vie des invertébrés et des poissons dit rhéophiles (vivant dans des zones de courants bien oxygéné). De l'eau courante comme dans un torrent de moyenne montagne comme la Cure et le Cousin permet aux espèces patrimoniales de se maintenir.
Outre la perte d’eau par l’évaporation, le réchauffement de l’eau , particulièrement sensible en été peut amener à la mortalité des espèces en période de faible débit (les truites par exemple ne survivent pas à une température de 23°
Le réchauffement est partiellement responsable de la diminution des insectes aquatiques (on en a déjà perdu 80% ces 30 dernières années) donc de la nourriture pour les poissons et autres espèces.
Les digues provoquent le blocage des sédiments transportés par l’eau et qui permettent à la rivière de reconstituer son lit mineur en permanence. La dynamique fluviale est alors altérée.
Impossibilité pour les poissons (en particulier les truites) de rejoindre leurs frayères de reproduction et leurs zones de vie saisonnales, sauf si une passe à poissons (ou aménagement) fonctionnelle est réalisée.
C’est d’ailleurs pour l’ensemble de ces raisons que l’Europe a financé des travaux de rétablissement de la continuité écologique sur le Cousin, en particulier à Avallon : arasement partiel de digues de moulins inutilisés, établissement de passes à poissons pour les moulins en fonctionnement.
Réhabiliter les 40 moulins qui existaient sur le cours de la rivière entre Pontaubert et Saint Agnan reviendrait à condamner irrémédiablement la rivière, en allant à l’inverse du but recherché de lutte contre le réchauffement climatique. Installer des turbines sur des moulins existant est bien loin du fonctionnement de ces mêmes moulins lorsqu'ils étaient en fonction (vidanges régulières des biefs, ouvertures des vannages en périodes de chômage, droits d'eau très contraignants, roues à aubes etc.)
La production d’électricité qui en résulterait resterait à un niveau parfaitement anecdotique .Vu le coût des travaux , on peut d’ailleurs douter que quiconque se lance dans l’aventure
Le nord du Morvan est largement et suffisamment équipé en production hydroélectrique avec 4 barrages majeurs gérés par EDF, éoliennes et photovoltaïque et l’exportation de cette production vers d’autres lieux. L'état des lieux du PCAET en fait d'ailleurs état.
Il paraît bien plus efficace et plus urgent de consacrer des efforts à l’économie d’énergie qu’à un illusoire accroissement de celle-ci au détriment de la vie de la rivière.
cron